Animalin se positionne

Quand en 2005 j’ai créé le MFEC (Mouvement professionnel français des éducateurs de chiens de compagnie), association qui avait pour objectif de réunir des professionnels ayant une éthique vis-à-vis du chien, que cela soit en éducation ou en rééducation, je rêvais qu’une telle association prenne forme pour les éleveurs. C’est aujourd’hui chose faite grâce à l’impulsion de Françoise Martin et d’Isabelle Persson toutes deux éléveuses et fondatrices du CEDAV.

Le Centre Animalin est spécialisé en éducation et rééducation comportementale, nous ne sommes ni éleveurs, ni pensionneurs, mais de par notre expertise nous accueillons les chiens et leurs maîtres en entretien de comportement, en stage, en cours d’éducation, etc., depuis une vingtaine d’années maintenant, et ceci bien évidemment quelle que soit la provenance du chien : élevages (du plus au moins sérieux), portée du voisin, animaleries, marchés du chiot, refuges spa et pourquoi pas, même des chiens venant de réseaux internet comme le Bon Coin.

Avec le recul, et pour être tout à fait honnête, nous avons vu venir en cours des chiots équilibrés en provenance d’animaleries, des chiots sur la réserve en provenance d’éleveurs très sérieux, des chiens sans aucun problème en sortie de refuge, sachant que l’inverse s’est tout autant vérifié. Nous avons pu également constater, de part notre expertise en refuge depuis plusieurs années, que les chiens de refuge au parcours parfois extrêmement traumatisant ne gardaient, pour certains d’entre eux, aucune animosité envers les humains alors qu’à contrario, des chiens de compagnie ayant vécu un stress plus ou moins important (voire peu important) n’en ressortaient pas indemnes et leur rééducation pouvait s’avérer nécessaire et quelquefois longue. Nous savons donc qu’il n’y a pas de règles figées en matière de comportement.

En tant qu’éducateurs, nous sommes tous les jours confrontés aux maîtres perdus devant le comportement de leur chien, des maîtres qui, malgré une demarche volontaire, n’auraient pas pu anticiper un tel bouleversement de vie par l’acquisition d’un chien. Ces maîtres qui, pour la plupart, et en toute bonne foi ont acquis un chien parce qu’ils ont craqué sur le chien du voisin ils se sont alors décidés et ont désiré le même ou craqué devant un chiot derrière une vitre alors qu’ils étaient venus acheter de la nourriture pour leur poisson rouge ou bien craqué devant un chien derrière des barreaux d’un refuge etc, “J’ai croisé son regard”, “Il a couru vers moi” même si il leur arrive souvent de courir derrière lui par la suite.

Alors pourquoi nous positionner en adhérant au CEDAV, parce que l’on peut tout aussi bien se positionner en tant que professionnel et avoir une expertise froide et lucide, mais l’on peut aussi le faire en tant que professionnel amoureux des chiens, passionnés par leur comportement, impressionnés par leur capacités cognitives, touchés par leur panel émotionnel et s’engager tout autant d’un point de vue éthique, empathique, politique  qu’économique.

D’un point de vue éthique et empathique, on n’achète pas n’importe où, on fait une démarche bienveillante pour un individu qui mérite toute notre attention et notre amour, parce qu’il fera partie de notre famille.

On n’achète pas non plus sur le Bon Coin, parce qu’il nous est impensable qu’un chien puisse être une source de revenu pour des personnes peu scrupuleuses qui “bazardent” un chien comme un canapé et que la maltraitance du quotidien nous est insoutenable dans sa banalisation.

D’un point de vue politique et économique, parce que des éleveurs passionnés, respectant les règles d’élevage, gardant leurs vieux chiens, reprenant sans condition leurs chiots pour une multitude de raisons plus ou moins légitimes venant des maîtres, triant sur le volet les futurs maîtres,… pour la plupart d’entre eux ne vivent pas du fruit de leur travail et sont au RSA. Comment se fait-il que ces éleveurs ne puissent pas joindre les deux bouts alors qu’ils font leur boulot avec passion avec une vraie démarche professionnelle et éthique en étant des fins connaisseurs de leur race, en choyant et protégeant leurs géniteurs, en stimulant et préparant leurs portées à l’adoption, en accompagnant les futurs maîtres, en se tenant informés et en continuant à se former. Comment cela se fait-il ?

Alors oui, quand on sait qu’à peu près 50 000 chiens attendent en refuge au moment où j’écris ce texte, nous pouvons crier “N’achetez pas, adoptez en refuge !”, mais pour intervenir dans les refuges depuis plusieurs années, nous avons pu constater qu’environ 70 % des chiens abandonnés dans les refuges sont issus de croisement. Les chiens de race abandonnés en refuge sont en minorité avec, dans le top 3 des races : le berger belge malinois, le border collie et l’american staffordshire terrier suivant derrière une majorité de chiens de chasse.
En revanche, ces chiens de race, nous les retrouvons dans le pire des cas sur “Le Bon coin”, sur des sites de trafiquants malveillants profitant de la demande accrue du chien de race à moindre coût. Trafiquants qui ne portent aucune considération aux règles sanitaires, éthiques et de bienveillance envers les chiens.

Alors, futurs maîtres ou futurs adoptants, renseignez-vous et ayez une démarche empathique et une éthique morale ; si vous ne l’avez pas il vous reste la demarche économique et politique, mais positionnez-vous ! Faites-le pour eux et ne soutenez pas, même de façon non intentionnelle, mais pourtant bien réelle, un regard non empathique sur le chien et les animaux en général.

Toute l’équipe Animalin se positionnera toujours dans une démarche respectueuse vis-à-vis des professionnels qui soutiennent le même engagement que nous en prenant pour autant des chemins différents du nôtre. Notre but commun reste de vivre dans un monde où l’homme et l’animal vivent en harmonie. Nous devons tous nous engager pour un respect mutuel.

Catherine Collignon et Nicolas Ducasse

Centre Animalin – Aurimont- France

www.animalin.net

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