Rôle et responsabilités de l’éleveur dans la sélection et la reproduction des caractéristiques de l’animal

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Rôle et responsabilités de l’éleveur dans la sélection et la reproduction des caractéristiques de l’animal

L’animal domestique est par définition un animal issu d’une sélection et d’une reproduction artificielle dans le but de fournir un service utile à l’humain. L’élevage d’animaux domestiques consiste donc à sélectionner des caractéristiques et à les reproduire pour tendre vers ce but.

L’animal de compagnie est un animal domestique particulier ayant pour fonction (service) l’agrément de son propriétaire. C’est ainsi qu’il est définit dans les textes et c’est pour cette fonction qu’il doit être élevé.

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Problématique de la notion d’agrément

La notion d’agrément est une notion fondamentale qui doit intéresser l’éleveur autant lors de ses choix en matière de sélection et de mesures favorables au développement que lors de ses choix* en matière de futur propriétaire.

L’éleveur n’est pas libre de choisir les futurs propriétaires. Un refus de vente peut lui être opposé au prétexte d’une discrimination. Il lui appartient toutefois de fournir des caractéristiques sur l’espèce et de la race en matière de besoins physiologiques et comportementaux. Seule la fourniture de ces informations saisie comme une occasion de sensibiliser le futur propriétaire sur ses devoirs, permet à l’éleveur de se protéger contre l’achat irréfléchi qui transforme l’animal en désagrément malgré sa conformité.

L’agrément est ce qui garantit le maintien de l’animal dans la famille. A défaut, l’animal risque le rejet (abandon) ou la maltraitance passive ou active. Son statut de bien et non de personne ne le protège pas ou peu. Il n’est ni interdit de le faire euthanasier, ni interdit de s’en débarrasser. Au mieux il est interdit de le maltraiter bien que dans ce domaine l’application des peines maximales prévues soit encore anecdotique.
 

Agrément versus bien-être animal

L’agrément du propriétaire ne peut justifier à lui seul une sélection et une reproduction de caractéristiques. Il est nécessaire que cette sélection et cette reproduction soit à l’origine d’animaux ne souffrant pas intrinsèquement de mal-être physiologique ou comportemental.

On entend ici par mal-être tout ce qui cause des douleurs, des souffrances, des frustrations, des peurs compromettant l’homéostasie émotionnelle.

Il est indéniable que la plupart des races s’est fortement éloigné du type originel aussi bien sur le plan physique que sur le plan des comportements d’origine intrinsèque. Ces changements, qui auraient dû permettre une adaptation aux besoins et attentes nouvelles d’une société en évolution constante, se sont transformés pour de nombreuses races en véritables dérives sans but autre qu’esthétique ou fantaisiste. La Grande Bretagne est pionnière en matière de réaction à ces dérives. Elle a procédé à la modification des règles d’attribution des qualificatifs supérieurs en exposition afin de pénaliser les animaux souffrant d’hypertype pathologique (fondements médicaux à l’appui) afin de sensibiliser à ces dérives. Cette pénalisation à laquelle la C.E.D.AV. adhère totalement a pour objectif de poser des limites à la transformation physique des animaux dès lors que cette transformation compromet le bien-être.

La C.E.D.AV. ne dispose pas de tels moyens. Au pire peut elle refuser l’adhésion d’un éleveur qui manifestement ne tiendrait pas compte de ces faits et s’obstinerait à sélectionner et reproduire des caractéristiques physiques sources de souffrances et de douleurs. Etant entendu que l’un de ses buts est de soutenir les éleveurs désireux de s’engager sur la voie de la bientraitance, la C.E.D.AV. ne refuse pas l’adhésion des éleveurs élevant des races concernées par l’hypertype mais elle les incite à prendre en compte les publications vétérinaires sur les conséquences de certaines caractéristiques physiques et à modifier leur programme d’élevage en conséquence.

Concernant les comportements d’origine intrinsèque, aucun organisme n’a encore pointé du doigt la sélection et la reproduction de caractéristiques inadaptés pour la destination prévue par les propriétaires, hormis la C.E.D.AV. Le fait est que la vocation utilitaire du chien est encore ce qui le décrit le plus souvent, pour preuve les standards des races et la classification F.C.I. en groupe selon cette vocation. Or de nombreux animaux n’ont que peu l’occasion d’être utilisés, voire cette vocation n’existe plus que dans des cadres très réservés (attaque et défense, protection des biens, conduite de troupeau, quête de gibier …). Si la C.E.D.AV. admet qu’une sélection et une reproduction à vocation utilitaire est tout à fait légitime pour répondre aux besoins de certains métiers, elle n’admet pas que cette sélection et cette reproduction perdure en l’état lorsque la destination n’est pas le travail. La C.E.D.AV.  insiste sur le fait que la sélection et la reproduction de caractéristiques  qui ne correspondent pas aux attentes et compétences des propriétaires expose l’animal aux conséquences des désagréments qu’il produit (comportements inadaptés pour la famille) ainsi qu’à la frustration de ses besoins comportementaux lorsque ses propriétaires ne peuvent pourvoir à ceux-ci. Outre cela l’éleveur s’expose également au risque d’une action en défaut de conformité si les comportements inadaptés de l’animal sont considérés par le propriétaire comme suffisamment indésirables pour compromettre l’agrément d’autant plus s’ils sont confirmés par un diagnostic vétérinaire.

La connaissance de l’ontogénèse comportementale et notamment la connaissance du rôle des stimulations précoces et des renforcements positifs lors de l’expression de certains patrons-moteurs à l’origine des futurs besoins d’activité est une priorité pour éviter la sélection et la reproduction de caractéristiques non attendues par les propriétaires. En l’absence de connaissances, trop d’erreurs sont commises. En l’absence de connaissances, des animaux viennent au monde avec un patrimoine génétique les prédisposant déjà plus ou moins à un travail qu’il n’exerceront pas ou qui est tout bonnement interdit. En l’absence de conscience de ce patrimoine le risque de l’activer dès l’élevage est grand, ce qui créé des besoins comportementaux et d’activités potentiellement incompatibles avec le mode de vie des propriétaires. Ces frustrations seront cause de mal-être, parfois même de maltraitance involontaire.

La question de la sélection et de la reproduction de caractéristiques compromettant intrinsèquement le bien-être a donc été tranchée par la C.E.D.AV. qui relaye à fins de sensibilisation toute la documentation sur les hypertypes  mais également sur l’ontogénèse comportementale. La C.E.D.AV. demande à ses éleveurs d’aller vers une sélection et une reproduction raisonnée et réfléchie qui ne soient pas source de mal être physiologique ou comportemental, une sélection et une reproduction qui tiennent compte, en ce qui concerne les comportements, des impératifs et contraintes sociétales mais aussi des impératifs et contraintes des futurs propriétaires. Ceux-ci sont rarement des professionnels du comportement et sont rarement en mesure de fournir les activités nécessaires à la satisfactions de certains besoins (sélection de caractéristiques comportementales à destination utilitaire).

 

Agrément versus éthique

L’agrément du propriétaire ne peut justifier à lui seul une sélection et une reproduction de caractéristiques à l’origine d’animaux dénaturés les éloignant de leur espèce en matière de comportements.

Il ne s’agit pas là d’un problème de respect du bien-être, si celui-ci n’est pas compromis, mais d’un problème de limites à poser au niveau de l’agrément. La question est d’ordre éthique et philosophique.

Est il éthique de transformer une espèce pour qu’elle réponde aux besoins et attentes de l’humain en lui causant si peu de contraintes que l’animal est réduit à l’état d’objet vivant pour la seule distraction de son propriétaire ?

Dans quelles mesures cette sélection et cette reproduction s’apparentent t’elles encore à de l’élevage et non à de la production d’accessoires de loisirs ?

Cette sélection et cette reproduction est elle respectueuse de la sensibilité et de la sentience reconnues aux animaux en général et aux animaux de compagnie en particulier à l’heure où il est question de théorie de l’esprit et de métacognition en ce qui les concerne ?

Cette question a également été tranchée par la C.E.D.AV. qui fixe la limite d’une sélection pour l’agrément des propriétaires à la prise en compte des droits de l’animal de compagnie à être et s’épanouir dans son animalité et ses différences. Si la C.E.D.AV. encourage les éleveurs à sélectionner et reproduire avec discernement les caractéristiques physiques et comportementales d’origine intrinsèque en tenant compte des besoins, attentes et compétences des propriétaires, c’est à dire à ne pas sélectionner et reproduire des vocations utilitaires chez des chiens qui ne travailleront pas ou peu, elle n’encourage absolument pas à la modification profonde du physique et de la nature des chiens. Être prédisposé à un travail ne fait pas qu’un chien est un chien. Mais être une espèce grégaire, à tendance plus ou moins prédatrice et territoriale avec ses besoins d’activités physiques et cognitives propres fait qu’un chien est un chien.

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